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J’en ai un peu ma claque de ne commenter que des œuvres d’envergure, avec une portée morale et philosophique qui ferait remonter l’art de la bande dessinée dans l’estime de notre inculte ministre de la culture.

Oui, cette phrase est longue, et c’est la plus longue que vous lirez dans…

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« Seigneur… Leurs supers-vilains ont autant d’inspiration que leurs scénaristes… »

Donc, c’est l’histoire de Dead End, un super vilain dont le super pouvoir reste à définir, mais qui a le chic pour se sortir de l’ensemble des situations grâce à..

  1. Un culot monstrueux
  2. Une chance de cocu
  3. Une intelligence supérieure
  4. La réponse 4

Toujours est-il que Dead End passe des journées de merde, et le scénario s’arrête à peu près à ce niveau là. Même le 4e de couverture lutte pour vous fournir un indice sur l’histoire. En gros (en très gros), on va suivre l’histoire de Dead End jeune et de Dead End aujourd’hui, de la création d’un super-vilain, d’une confrontation avec la police, des supers-héros, le tout alternant dans une série de cliffhanger plutôt efficace qui vous forcent à tourner les pages à toute vitesse.

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Les dialogues ont un meilleur niveau que les derniers Marvel…

D’une façon plus générale, ce premier tome raconte la genèse d’un super-vilain trempée dans une sauce des pires teen-movies (des ados, des boutons, des footballeurs et la cruauté de la jeunesse), avec un ton parodique plutôt rafraîchissant.

Dit comme ça, ça ne fait pas envie, mais quelque part c’est une des bandes dessinées qui m’a fait le plus rire. L’humour est plutôt en dessous de la ceinture, les méchants et les héros sont plus ridicules les uns que les autres. C’est trash et violent, ça viole avec allégresse toutes les règles du Comics Code, et ça fait un bien fou. Le graphisme ne vous épargnera d’ailleurs aucun détails : les gens se font découper, brûler vif, dans une violence graphique cartoon et cathartique.  

La limite de l’exercice reste celui de la parodie, et celle-ci reste plutôt bien mené de bout en bout. Les références sont nombreuses sans virer à l’étalage systématique. On retrouve des références à Retour vers le Futur, Transformer, Batman ou Avengers, qui agissent plus par touches discrètes que par gros aplats.

Verdict : Should Read

Badass, en ce qui concerne le premier tome, peut se lire comme un agréable one-shot. J’attends la suite pour voir si l’évolution des personnages sera effective.

Si vous aimez l’humour parodique, les blagues de cul, l’action et le gore (souvent) stupide, vous devriez lire Badass. Le héros pourrait ponctuer ses actions comme ça, avec un gros gif rouge est blanc qui hurle « Yolo » ou « Badass ». La série ne s’annonce ni sérieuse, ni légère, et c’est tant mieux.

Si vous n’aimez pas l’humour pourri, voir des gens se prendre des trucs dans la gueule, voler à douze mettre et atterrir dans un cratère de flamme cliché, alors ne lisez pas cette bd. Vous perdriez votre temps, ou pire, elle pourrait vous faire changer d’avis.

Badass, T1 – Dead End
Herik Hanna, Bruno Bessadi et Gaétan Georges (couleurs)
Edition Delcourt – Comics Fabric
2013 – 96 pages couleurs
Un deuxième tome, The Voice, est prévu pour la fin 2013
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Au début, j’avais dans l’idée de continuer dans l’ordre de mes lectures, mais cela aurait voulu parler du Sandman de Neil Gaiman. On va le dire tout de suite, un jour, j’espère, quand j’aurais fini l’intégrale, je sortirai un dossier sur le Sandman. C’est une oeuvre d’une profonde complexité. 

Et puis il y a quelques jours, mon libraire m’a conseillé Elmer, de Gerry Alanguilan, et du coup j’ai eu envie de vous en parler. 

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Jake Gallo est un poulet. Nous sommes en 2003 et il essaye de gagner sa vie d’honnête poulet, mais en ce moment, il faut l’avouer, il a une espèce de passage à vide. Alors qu’il galère, il est rappelé à la maison de son enfance parce que son père est mourant. (C’est marrant, ça me rappelle Garden State ou Rencontre à Elizabeth Town, ce pitch). Son père lui lègue, à lui seul, son journal intime. Une histoire qui a commencé un matin de 1979 où les poulets de la terre ont obtenu une conscience d’eux-même.

Gerry Alanguilan Elmer because Im a chicken

Vous allez me dire que je me répète. Deux reviews, deux bijoux et deux histoires de relations troubles entre un père et un fils. Mais si Daytripper racontait une rivalité et une construction personnelle, Elmer aborde un tout autre sujet : l’identité.

Jake appartiens en effet à la deuxième génération, celle qui n’a pas connu les bouleversements et les catastrophes liées à la monté en puissance des poulets à la fin du XXe siècle. Il se sent un peu à l’étroit, mal accepté. Les gens le regarde de haut, parfois avec mépris. Il a lui aussi beaucoup de mal avec les humaines et apprendre que sa sœur va épouser un homme le rend furieux. Elmer va raconter sa transformation progressive par l’acquisition de la connaissance historique. Il va découvrir ses racines, son identité et, en réalité, l’embryon de culture de son peuple.

Le roman est un bijou de narration, et les 141 pages se lisent d’une traite. Les graphismes servent parfaitement bien le récit, nous permettant de ressentir la peur, l’incompréhension ou même la violence de certains affrontements. Parce que les poulets vont gagner durement leur liberté, et cela va joncher le récit de nombreuses références historiques : le Black Power, l’épidémie de SIDA des années 1980, les vagues d’immigrations vers les pays du Nord, les crises économiques et j’en passe.

Cet univers parallèle traduit simplement de façon plus franche ce qui peut arriver quand deux étrangers se rencontrent : l’absurde, la bêtise et la haine ; la camaraderie, l’amitié et l’amour également.

Verdict : Must Read

Elmer est un livre que j’ai pris sans trop y croire, un peu parce que mon libraire me poussait, un peu à cause du poulet sur la couverture. Je l’ai ouvert, j’ai lu les quatre premières pages et j’ai ri. Le reste du roman n’est pas à l’image de ces premières pages mais nous sommes déjà emporté dans l’histoire. Avec des analogies fortes, il nous rappelle que l’une des clés pour se connaître reste de connaître son histoire.

Et Neil Gaiman aime ce roman. Lisez le, qu’on vous dit !

Elmer
Gerry Alanguilan
Edition Çà et Là, collection Longues Distances
2010, 141 pages monochrome
Elmer a reçu plusieurs prix, dont le prix
du festival Quai des bulles en 2011

OrCrawn a encore créé un blog, un truc pour partager ses lectures, parce qu’OrCrawn lit énormément. Si ce blog a commencé, quelque part, c’est là faute à mon libraire. Il y a six mois, après mon premier salaire, je suis entré chez Comics Record pour reprendre un peu contact avec la bande dessinée. Ça faisait des années que je n’avais pas acheté de bande dessinée classique, et j’avais envie de me faire plaisir. 

Je suis entré, et Philippe m’a filé une bande dessinée qui m’a plongé une espèce de couteau entre les côtes. J’ai lu l’ouvrage en prenant mon temps, en me réhabituant à lire de gauche à droite. Je pense que pour commencer ce blog proprement, il faut que je vous parle de…

Day Tripper Cover

Quelque part, chacun des dix chapitres est un coup de couteau. Il s’agit d’une fin un peu brutale, un peu inattendue, servie par une nécrologie à propos. Ça tombe bien, quelque part, car la nécrologie c’est le travail du héros.

Bras de OIiva Domingos est un wannabe écrivain qui en attendant le succès, vit de rubrique nécrologique dans un quotidien de Sao Paulo. Bras vis surtout dans l’ombre de son père, écrivain à succès.

Enfin… Bras étais un wannabe écrivain avant de trouver son public, Bras rêve de devenir un écrivain comme son père quand il sera grand. On ne sait pas vraiment. Daytripper, c’est un peu l’histoire de ses différents rendez-vous (parfois ratés) avec la mort. Devant nous, à travers ses morts, Bras nous raconte sa vie d’homme dans ses étapes et sa relation avec les autres.

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Daytripper, c’est l’histoire d’une danse mortelle et continue avec l’espace temps. Passé le premier chapitre, on sait parfaitement que le héros va mourir. A chaque fois. Parfois c’est beau, parfois c’est triste. Sa mort est toujours émouvante, parce qu’elle mêle des thèmes universels : la relation entre un père et un fils, l’enfance, l’amitié, l’amour, l’aventure, la jeunesse, etc. Chaque mort est l’hypothèse d’un accident de parcours à une date clé, et chaque chapitre s’ouvre comme si les accidents précédents ne s’étaient jamais produits.

Au final, nous ne vivons la vie de Bras que par ellipses, comme des touristes d’un jour (des day tripper), comme si ces dates étaient des points touristiques. Le reste n’a que peu d’importance au final.

L’histoire est servie par une mise en scène impeccable et des graphismes faciles d’accès.  Un des chapitres pourrait sortir de chez Terry Gilliam tant l’effraction du fantastique dans le réel est fort, et l’esthétiques choisie pour le récit fait osciller constamment l’ouvrage entre l’onirisme et le réalisme cru. 

Verdict : Must Read

Daytripper est une oeuvre forte qui ne laissera personne indifférente. Elle est complexe mais relativement simple d’accès. Elle est portée par des personnages puissant et des situations profondes, et la seule chose qui vous reste, après la dernière page, c’est le sentiment de vous être un peu plus rapproché de l’humanité.

Références :

Daytripper, au jour le jour
Fabio Moon et Gabriel Ba
Edition Urban Comics, collection Vertigo
2012 , 256 pages couleurs
Daytripper a reçu un Eisner Award en 2011
lors de sa prépublication chez DC comics.
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