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Gerry Alanguilan

Au début, j’avais dans l’idée de continuer dans l’ordre de mes lectures, mais cela aurait voulu parler du Sandman de Neil Gaiman. On va le dire tout de suite, un jour, j’espère, quand j’aurais fini l’intégrale, je sortirai un dossier sur le Sandman. C’est une oeuvre d’une profonde complexité. 

Et puis il y a quelques jours, mon libraire m’a conseillé Elmer, de Gerry Alanguilan, et du coup j’ai eu envie de vous en parler. 

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Jake Gallo est un poulet. Nous sommes en 2003 et il essaye de gagner sa vie d’honnête poulet, mais en ce moment, il faut l’avouer, il a une espèce de passage à vide. Alors qu’il galère, il est rappelé à la maison de son enfance parce que son père est mourant. (C’est marrant, ça me rappelle Garden State ou Rencontre à Elizabeth Town, ce pitch). Son père lui lègue, à lui seul, son journal intime. Une histoire qui a commencé un matin de 1979 où les poulets de la terre ont obtenu une conscience d’eux-même.

Gerry Alanguilan Elmer because Im a chicken

Vous allez me dire que je me répète. Deux reviews, deux bijoux et deux histoires de relations troubles entre un père et un fils. Mais si Daytripper racontait une rivalité et une construction personnelle, Elmer aborde un tout autre sujet : l’identité.

Jake appartiens en effet à la deuxième génération, celle qui n’a pas connu les bouleversements et les catastrophes liées à la monté en puissance des poulets à la fin du XXe siècle. Il se sent un peu à l’étroit, mal accepté. Les gens le regarde de haut, parfois avec mépris. Il a lui aussi beaucoup de mal avec les humaines et apprendre que sa sœur va épouser un homme le rend furieux. Elmer va raconter sa transformation progressive par l’acquisition de la connaissance historique. Il va découvrir ses racines, son identité et, en réalité, l’embryon de culture de son peuple.

Le roman est un bijou de narration, et les 141 pages se lisent d’une traite. Les graphismes servent parfaitement bien le récit, nous permettant de ressentir la peur, l’incompréhension ou même la violence de certains affrontements. Parce que les poulets vont gagner durement leur liberté, et cela va joncher le récit de nombreuses références historiques : le Black Power, l’épidémie de SIDA des années 1980, les vagues d’immigrations vers les pays du Nord, les crises économiques et j’en passe.

Cet univers parallèle traduit simplement de façon plus franche ce qui peut arriver quand deux étrangers se rencontrent : l’absurde, la bêtise et la haine ; la camaraderie, l’amitié et l’amour également.

Verdict : Must Read

Elmer est un livre que j’ai pris sans trop y croire, un peu parce que mon libraire me poussait, un peu à cause du poulet sur la couverture. Je l’ai ouvert, j’ai lu les quatre premières pages et j’ai ri. Le reste du roman n’est pas à l’image de ces premières pages mais nous sommes déjà emporté dans l’histoire. Avec des analogies fortes, il nous rappelle que l’une des clés pour se connaître reste de connaître son histoire.

Et Neil Gaiman aime ce roman. Lisez le, qu’on vous dit !

Elmer
Gerry Alanguilan
Edition Çà et Là, collection Longues Distances
2010, 141 pages monochrome
Elmer a reçu plusieurs prix, dont le prix
du festival Quai des bulles en 2011
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