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Julie Maroh

J’avais d’autres choses à chroniquer, mais j’ai lu cette bd en peu de temps et elle m’a retourné. Je pense que je vais essayer de comprendre pourquoi… Et en plus, je suis dans l’actualité.

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Clémentine est une lycéenne qui se cherche, comme toutes les adolescentes. Au détour d’une rue, elle crois Emma, une jeune fille aux cheveux bleus, qui la trouble, la retourne et la chavire. Elle, avec une fille ? Peu probable, vu ce que dis son entourage. Il faut dire que grandir dans un lycée de banlieue, quand on est homosexuelle, ce n’est pas évident.

Ce roman, c’est l’histoire d’une jeune fille qui se découvre et qui découvre peu à peu sa sexualité.

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Un regard, un instant d’éternité

Quelque part, ce livre est celui que l’on voudrait avoir lu quand on est adolescent, qui résout une bonne partie des questions d’identité que l’on se pose. Clémentine se cherchera avec un homme, puis avec autre chose ; quoi, elle ne le sait pas. Les gens autour d’elle sont des cons. Son père est homophobes, ses amies sont pleines d’idées reçues. Heureusement il y a Valentin pour la sortir dans des bars où elle se sentira plus à l’aise, où elle reverra Emma, cette jeune femme qui a 5 ans de plus et qui va mettre un coup de pied dans sa vie posée, retourner son monde et lui apporter des centaines de réponses.

Quand je dis que c’est un livre que j’aurais voulu lire ado, c’est parce qu’il aborde ce sujet avec, il me semble, justesse mais aussi pudeur : loin des stéréotypes, loin des scènes de cul à deux balles (pourtant, du cul, il y en aura un peu quand même), loin de tout ce que les crétins homophobes peuvent penser de l’homosexualité. Il m’a rappelé une amie chère que ses parents ont engueulé parce qu’un soir elle leur a dit qu’elle aimait le femme, et les discussions que j’ai eu avec beaucoup de potes qui un jour se sont demandé, finalement, s’ils étaient simplement hétérosexuels.

Il montre aussi la difficulté pour l’héroïne d’assumer ces sentiments au départ, la difficulté qu’il y a à faire face au jugement des autres, et celle, toujours plus dure, de faire face à un système qui ne reconnais pas celle qui vous aime depuis une dizaine d’année comme faisant partie des « proches ».  Les amis qui vous tournent le dos parce qu’ils ont peur, les parents qui vous renient parce qu’ils ne comprennent pas et les mecs, accoudés à un comptoir, qui vous jauge d’un œil concupiscent parce qu’ils pensent que deux femmes font un Dorcel.

J’ai beaucoup aimé le graphisme monochrome à l’encre qui se trouve parfois relevé de touche de bleu. Un peu de bleu dans la grisaille, parfois une touche d’espoir, parfois un peu plus. Le bleu devient une couleur chaude à la fin de notre lecture. L’usage des couleurs se fait toujours par touches, et toujours à propos, comme si la narratrice se rappelait le passé sur de vieilles photos.

Verdict : Must Read

Je crois qu’il faut avoir lu ce livre, une fois. Je pense même qu’il serait intéressant, pour les parents de faire lire ce livre à leurs enfants et pour les documentalistes de le commander pour leur CDI. Je pense qu’un adolescent qui découvre sa sexualité se sentira mieux après l’avoir lu et que tous les autres seront renvoyés à l’époque où ils se posaient des questions sur la leur.

Le sujet n’est pas simple, mais pour une fois il est amené avec justesse, pudeur ; mais sans simplicité.

Et le bleu…

Le bleu est une couleur chaude
Julie Maroh
Glénat
2010 – 160 pages couleur
A reçu le prix du public à Angoulême en 2011
Le film a été adapté sur grand écran sous le titre « La vie d’Adèle »,
Palme d’Or 2013, qui sortira sur les écrans en octobre 2013.
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